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Romancier du fantastique et de la mer : Interview d’Eric Simard

Découvrez notre interview d’Eric Simard, auteur jeunesse incontournable chez Magnard, et créateur d’histoires mêlant la mer, le fantastique et l’aventure…

Eric Simard par Y. Bulher

Vos romans jeunesse sont tous emprunts de poésie, d’émerveillement, d’invention. D’où vous vient cette inspiration pour ces mondes ordinaires confondus à ces univers exaltants, rêvés que vous racontez ?

Probablement de mon enfance pendant laquelle je réinventais le monde dès que je m’ennuyais. Comme l’antiquité me fascinait, je me projetais facilement aux côtés d’Ulysse ou en pleine guerre de Troie. Je m’identifiais aux héros qui n’avaient pas peur de la mort. Mais aussi loin que je me souvienne, j’étais plus « touché » par les drames brisant les amitiés (ex : Patrocle et Achille) que par le sort des guerriers pendant les batailles. Je dois aussi préciser que plusieurs de mes textes n’ont rien d’oniriques, mais concernent mon engagement pour les droits de l’homme. Je pense notamment à La femme noire qui refusa de se soumettre : Rosa Parks et au tout récent Cinq heures pour le sauver, un polar dans lequel un archer tibétain naturalisé français tente de gagner une médaille d’or aux JO de Pékin.

La poésie des légendes celtiques nourrit, notamment, votre épopée irlandaise : Le souffle de la pierre d’Irlande, et fait partie intégrante de votre oeuvre fantastique. Cette marque de fabrique détermine-t-elle une fascination pour les imaginaires irlandais, écossais, liés à votre enfance, votre adolescence ?

Je n’ai rencontré l’imaginaire celte qu’à l’âge adulte, au moment où j’ai commencé à écrire des romans. Les dieux, chez lez Celtes, n’habitent pas les hauteurs d’une montagne éloignée comme l’Olympe. Ils peuvent résider sous le tumulus, à côté de chez vous, et viennent vous rendre visite régulièrement, comme c’est le cas chez la plupart les peuples proches de la Terre. Il faut même faire attention car pour un peu, on serait tenté de les rejoindre. C’est cette proximité entre le monde visible et invisible qui m’a tout de suite attiré chez les Celtes. Et c’est d’ailleurs le point de départ du Souffle de la pierre d’Irlande.

Dans Le chant sacré des baleines ou encore Le sortilège des fourmis, vous mêlez également l’imaginaire au quotidien, le réel au fantastique, ce mélange des genres vous permet d’aborder, au travers du roman jeunesse, le comportement de l’homme vis-à-vis des animaux, de la nature. Les sciences... et leurs limites font partie de votre univers... pour mieux en dessiner les limites ?

A 23 ans, j’ai renoncé à une carrière de biochimiste parce que le monde scientifique était pour moi trop froid, trop mental. En écrivant, je me suis laissé la possibilité de faire vivre les émotions et les sentiments qui m’habitent. Je trouve qu’on vit dans une ère où à force de tout vouloir contrôler, évaluer, froidement classer… on finit par étouffer et perdre le sens des choses. J’ai besoin de respecter les animaux, les plantes, sinon j’ai l’impression de ne pas me respecter. Je viens de co-écrire avec Annie Berthelot un livre intitulé Ecoute, la Terre te parle paru aux éditions Oskar, qui aborde sur un ton à la fois poétique et réaliste le rapport délicat entre civilisation et nature.

Amnésie, tristesse, enfermement sur soi : vos romans jeunesse comme Mystère et gueule de loup ou Je te sauverai abordent, avec délicatesse, des thèmes sur la différence, l’incommunicabilité. Cette perception, celle de faire vibrer, porte votre plume, non ?

Quand je pars en écriture, je voyage en général avec un personnage qui porte une blessure et je fais un petit bout de chemin avec lui. J’aime savoir ce qu’il fera de sa souffrance. La transformera-t-il en quelque chose de lumineux ou l’entraînera-t-elle dans les profondeurs … cette question se pose à chacun de nous et, je crois, nous « fait vibrer »…

Vous habitez en Bretagne et vous êtes un habitué du festival Étonnants voyageurs se tenant dans une cité corsaire d’où partirent des aventuriers, des explorateurs. La première édition du festival sous titrait en 1990 sous forme de manifeste : « Quand les écrivains redécouvrent le monde ». Y a-t-il aussi pour vous urgence à proposer à de jeunes lecteurs mais aussi à des adultes cet appel vers l’aventure, vers les quatre horizons ?

Je ne peux pas dire que j’écris pour les autres. J’écris pour moi, comme lorsque j’écrivais autrefois mon journal intime. Je cherche le récit qui se rapproche le plus de mes états d’âme au moment où j’écris. Il se trouve que j’aime lancer mes personnages dans des situations de prises de risque maximales où ils essaient de repousser les limites de leurs peurs. Un certain nombre de mes récits comme Le souffle de la Pierre d’Irlande s’inscrivent dans le genre fantastique, d’autres s’inscrivent en science-fiction comme Sohane l’insoumise, parce que le futur est une source inépuisable d’espoir et d’angoisse. Plutôt que Science-fiction, je préfère d’ailleurs parler d’Emoscience, un terme qui m’est venu récemment et qui me convient, parce qu’il traduit mon désir de propager le virus de l’émotion dans des récits qui explorent les « possibles » de la science.

Après la parution du quatrième volet L’eau, Le souffle de la terre d’Irlande , les aventures de William et de Fiona se poursuivront-elles vers d’autres terres imaginaires et fantastiques ?

Le cinquième et dernier tome s’appellera Le brouillard. Le brouillard est le cinquième élément des Celtes, celui qui réunit les caractéristiques de l’eau, du feu, de la terre et de l’air. Le brouillard est opaque comme la terre, léger comme l’air, humide comme l’eau et peut provenir de la fumée du feu. Dans le dernier tome, les personnages prendront toute leur dimension et leur destin trouvera un sens final.

Merci.

Elise Sainson

Visitez le site d’Eric Simard en cliquant sur http://www.ericsimard.net/

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